LE QUÉBEC ME TUE, VIVE LA NORVÈGE!
Le livre numérique au Québec, et en France de manière plus prononcée, me laisse perplexe. Je ne parlerai ici que de ce que je connais, le Québec.
Deux ans après, toujours beaucoup de discours, mais aussi des actions – François Bon, René Audet, Gilles Herman, Clément Laberge (bravo De Marque et Mirego pour la Hutte, une VRAIE bonne idée), mais je sens et vois trop de tiraillements, trop d’intérêts personnels, trop de peurs (ça, on peut comprendre), je vois surtout l’absence totale de projet unique, de projet mobilisateur qui nous placerait parmi les leaders inventifs du domaine sur notre vieille boule.
Nous avons les talents, les idées, nous avons aussi, si nous le voulons, les capitaux, mais de grâce, cessons nos querelles de clocher et nos babouneries. Plus que jamais, le chacun-pour-soi n’a pas lieu d’être. Fédérons-nous! (ce sont mes restants suisses qui parlent). Cessons nos expériences forcément réductrices, chacun de son côté. Créons des organismes. Que les grincheux cessent de grincher, que les individualistes cessent de croire qu’ils réinventent la physique des plasmas collisionnels.
Je n’ai pas besoin de consulter l’Oracle pour prédire l’avenir : il n’ y aura 1.quelques réussites individuelles par des passionnés qui en avaient marre d’attendre – nous sommes le LIEU de l’attente : urgence, CHUM, échangeur Turcot, rue Notre-Dame, – 2.des curieux qui ont peur parce que l’eau n’a pas 26 degrés, 3.des peureux qui, quoiqu’il arrive, ne savent pas que c’est NOW que ça se passe et 4. des amish qui ignorent les changements de siècle. Pour être franc, je les envie. ! Avec Robert NVPL, comme d’autres, nous avons attendu.
Dans la salle d’attente des bonnes volontés, des bons sentiments,et des budgets inexistants. Nous étions nombreux et amis pour la plupart, ils se reconnaîtront, je ne les nommerai pas, j’en oublierais et justice ne leur serait pas rendue. Nous avons attendu l’épubologue, l’ixemologue, le formatologue, le modéliste d’affaires, et d’autres encore, le plateformologue. l’onixologue, le métadonniste, le googeliste et l’amazoneux. Nous avons même attendu l’ipadeur. Partis, ils étaient tous partis, absents, ailleurs, occupés, débordés, en sous-commission, au TOC, au BookFair, a SF, à NY, à LA, à LV, à SJ. Exode des cerveaux.
Robert NVPL n’attendra plus. Robert aurait aimé participer à un projet novateur, mobilisateur, structurant.Un projet collectif, avec ses amis et supporters de longue date.Mais Robert va vous dire la vérité. Les auteurs frappent à la porte. Pas des auteurs autopubliés dont la tante a dessiné l’orchidée mauve sur la couverture. Des vrais, grands, beaux et forts et déjà publiés papier et qui veulent vivre avec nous cette aventure. Il est vrai que nous leur offrons des conditions dignes des grands de la construction.
Je ne suis pas l’oracle, voire le devin à barbiche d’Astérix mais je vous prédis aussi que d’ici le printemps 2011, une offre d’achat de plusieurs millions nous sera faite. Elle ne viendra pas de ce côté-ci de la frontière.
Est-ce bien ce que Robert veut ? Est-ce bien ce que Laurent Rabatel et moi-même voulons? Tout est en jeu : les distributeurs, les éditeurs, les libraires, les associations qui les représentent, les gouvernements, les formats, les supports, les métadonnées, les auteurs, les textes. Jusqu’ici, seuls les auteurs et quelques éditeurs bougent. Les libraires balbutient. Seuls éléments réjouissants, quelques collègues immunisés de la narcolepsie collective (en matière collective, c’est bien la seule chose qui nous reste, la narcolepsie), et quelques pionniers qui ont compris.
Nous ne pouvons plus attendre. Le projet novateur et mobilisateur a pris le même chemin que beaucoup d’autres, le chemin de la dompe.
Comme éditeur essentiellement numérique, accompagné de ses auteurs 2.0 et de leurs textes gonflés à l’azote, RobertNeVeutPasLire a le pouvoir de partir avec la caisse.
Nous allons le faire et nous commençerons ce mois de juillet. Plus jamais nous ne regarderons en arrière. Jamais nous ne demanderons de subventions. Et pire encore , quand on nous demandera d’où on vient, nous répondront : du nuage, nous venons du nuage.
C’est normal. Quand on a honte, on s’invente des origines improbables.
Sinon, comment faire pour imposer la loi du plus fjord ?
Jeff C