Québec-Montréal. Il fait nuit. 130 km/h, tounes de char, ça roule. Atmosphère lourde…Laurent mange des brownies, moi des cashews. Nous parlons de la journée que nous venons chacun de passer, de manière très différente…Laurent est fâché, il avale ses brownies avec rage. Il vous a dit sa rage dans l’article précédent.
En ce qui me concerne, la première chose à faire est de remercier les organisateurs, pour leur travail de préparation, pour leur implication, pour la qualité de l’endroit choisi, pour tout. Ils ont été formidables. Nous avons besoin de personnes de cette qualité, et je/nous n’hésiterons jamais à les appuyer du mieux que nous le pourrons.
Contrairement à mon illustre mais ronchonneux collègue, j’ai participé à 3 ateliers. Hélas, les énoncés des ateliers donnaient le ton : l’Université avait pris les choses en main, le tout étant rédigé dans un sabir par ailleurs très réussi.
Premier atelier, sur les modèles d’affaires, avec des gens agréables, compétents, impliqués, humbles, fougueux , atelier d’où il ressort qu’il est urgent d’agir car les modèles sont en place et la fumée s’échappe du côté gauche de la fusée.
Ça se gâte quand certaines sommités des U viennent au micro résumer l’atelier auquel ils ont si généreusement participé. Et quelle langue parlent-il, ces gens-là, pourquoi faut-il que tout soit théorisé, étiquetté, pensé, exprimé dans un langage d’initié, vidé de toute spontanéité, figeant de facto toute velléité d’action ?
Deuxième atelier, le rôle des libraires dans cette mutation ? Surprise. Je les croyais tétanisés par ces enjeux du futur. Mais les libraires sont des gens d’affaires, ils ont pris les devants, ils sont avancés dans leurs dossiers, ils ont des emplois à préserver. Ils sentent, EUX, l’urgence de la situation.
Repas avec le même groupe, je peux ressentir l’énergie qui anime chacune des personnes qui m’entourent. Un vrai moment de plaisir.
Comme disait Monsieur Jourdain: “que c’est agréable de s’entourer de gens de qualité !”
Après-midi, troisième atelier. Je veux prendre part à l’atelier abordant l’apport du numérique au texte, nouveaux découpages, textes courts, longs, empilés, variations oulipiennes, etc..
Après tout, RobertNeVeutPasLire n’est-il pas un pionnier dans les livres numériques par épisodes ou les feuilletons ?
La présence à la table choisie de la quasi-totalité des théoriciens me fait poursuivre mon chemin jusqu’à la table de Michel Dumais, où l’on parle avec passion et émotion de lecture chez les jeunes, avec des exemples précis, personnels, engageants. Car, n’est-ce pas notre supposée future clientèle, ces jeunes entre 8 et 18 ans ? Qui savent à peine lire. Voilà une relève dont le numérique pourrait bien ne pas se relever. Peut-être bien que le numérique est destiné aux 55 ans et plus? On peut si facilement grossir les caractères…
À la fin de troisième atelier, Clément Laberge nous demande d’inscrire trois phrases décrivant, selon nous, les actions immédiates à prendre ou résumant la journée. Our three wishes.
Qu’on me comprenne bien. J’ai aimé, beaucoup, passionnément, cette journée, je trouve que l’on avance, grâce à nos pionniers organisateurs, grâce à des passionnés, grâce à des guerriers, à des gens qui ont besoin que les choses avancent parce l’avenir dont on parle est avant tout l’avenir de leur business .
L’avenir numérique est en marche, le temps du jeu de poche avec matante est terminé.
Il faut des solutions - quoique j’ose prétendre avec force qu’elles existent DÉJÀ- sinon des emplois vont se perdre. Dans l’édition, la distribution, la diffusion et la librairie. Il y a urgence de passer à la pratique.
Et c’est LÀ que je ne suis plus, mais vraiment plus capable d’entendre les habituels discours universitaires abscons, stériles, stéréotypés, rabâchés et depuis peu, heureusement, régurgités.
Je n’ai pourtant rien contre les universitaires, en fait la majorité d’entre eux/elles sont charmants et, avec les cas réputés difficiles, je fais de beaux efforts sociaux, j’admire même certains d’entre eux, jusqu’au moment où leur égo finit par péter leurs boutons de chemises et tendre dangereusement leurs bretelles importées d’Asie.
ET, je crois qu’il est temps de les informer, avec gentillesse et compassion, que la fin de la récréation a sonné.
Dans cette partie de plusieurs milliards qui va débuter incessamment, ils n’ont plus leur place, ils encombrent le plancher de danse. Le temps des VRAIES AFFAIRES a commencé. Ça va jouer dur et la concurrence, mondiale, va tirer de partout.
Et puis, je les trouve mous. Inutiles. Encombrants. Comme des pions qu’on regarde d’un oeil distrait, dans une prise en passant.
Ils ont pourtant eu leur importance, en particulier lors de l’ouverture.
Certains peuvent même être de vaillants soldats.
Pour les autres - les théoriciens,les égos gonflés, les inintelligibles - je les informe, avec une ultime bienveillance- qu’on a remplacé le pistolet à eau par la Kalachnikov. Il serait plus prudent qu’ils se mettent à l’abri.
Un temps idéal pour une sabatique.
Jf Chételat