Robert et les feuilletons
27 février 2010

Il y a quelque temps, j’ai écrit un article intitulé L’avenir du livre demande un estomac solide… et je me suis exprimé sans nuances.

En gros, je disais que nous abandonnions le feuilleton faute de feuilletonistes

Ce n’est pas tout à fait vrai.
Les modèles économiques en place — en gros les plateformes de vente de fichiers numériques — indiquent en effet que leurs préférences iront au livre complet, non découpé.
Mais ils ne banniront pas la vente de titres par épisodes.
Robert voulait à ses débuts, retrouver l’esprit dix-neuviémiste du feuilleton, estimant, ce format bien adapté aux nouveaux supports.
Robert a rapidement vu que ses auteurs, engagés dans l’aventure, s’essoufflaient et …abandonnaient leurs héros sur le bas-côté de la route comme un chien dont on se débarrasse lorsque vient le temps des vacances.
Devant cette situation, il fallait, dans l’intérêt premier des lecteurs, réagir. Aussi avons-nous demandé à tout nouvel auteur de nous envoyer une oeuvre complétée, que nous pourrions publier tel quel ou découper en épisodes (en travail commun avec l’auteur).

C’est tout.

Nous n’abandonnons pas le feuilleton, mais nous sommes obligés de reconnaître qu’avec cette nouvelle formule, l’«esprit» du feuilleton disparaît.

Pourquoi cette idée, à laquelle nous croyons toujours, a-t-elle connu des ratés? C’est Nicolas Ancion, un auteur belge que nous adorons et qui tient un feuilleton chez nous, Comme un donut perdu dans un champ de tabac, qui nous a soufflé la réponse. J’en reprends ci-dessous l’essentiel, vous la retrouverez au complet via le rétrolien.

“Je ne suis pas persuadé que la lassitude ou le découragement soient à incriminer : plutôt la dématérialisation. Je n’ai jamais pu voir, techniquement, à quoi ressemblait mon feuilleton sur iPhone …… je n’ai pas vraiment rencontré les lecteurs, tout cela est donc aussi abstrait et informe, pour moi, qu’un manuscrit inachevé…”.

L’explication est simple, logique, intelligente. Les grands feuilletonistes, ce qui les faisait écrire, c’était le ventre qui criait. Et de voir leurs écrits, semaine après semaine, de manière concrète.

Voilà. Nous continuons le feuilleton, avec de nouvelles règles. S’il advenait que la diffusion d’une oeuvre connaisse un succès phénoménal, nous pourrions envisager de le rétribuer à livraison. Comme ceux dont je tairai les noms, parce que, franchement, je vous insulterais.

Et toutes mes sympathies à ceux qui ont eu du mal à suivre ma pensée dans ses usuels chemins de montagne.

Jf Chetelat

Classé dans : Auteur, Jeff, Livre, Robert — Tags : — chetelat @ 10:09 Commentaires (3)

La fabrique du numérique, par l’autre 50%

Québec-Montréal. Il fait nuit. 130 km/h, tounes de char, ça roule. Atmosphère lourde…Laurent mange des brownies, moi des cashews. Nous parlons de la journée que nous venons chacun de passer, de manière très différente…Laurent est fâché, il avale ses brownies avec rage. Il vous a dit sa rage dans l’article précédent.
En ce qui me concerne, la première chose à faire est de remercier les organisateurs, pour leur travail de préparation, pour leur implication, pour la qualité de l’endroit choisi, pour tout. Ils ont été formidables. Nous avons besoin de personnes de cette qualité, et je/nous n’hésiterons jamais à les appuyer du mieux que nous le pourrons.
Contrairement à mon illustre mais ronchonneux collègue, j’ai participé à 3 ateliers. Hélas, les énoncés des ateliers donnaient le ton : l’Université avait pris les choses en main, le tout étant rédigé dans un sabir par ailleurs très réussi.
Premier atelier, sur les modèles d’affaires, avec des gens agréables, compétents, impliqués, humbles, fougueux , atelier d’où il ressort qu’il est urgent d’agir car les modèles sont en place et la fumée s’échappe du côté gauche de la fusée.
Ça se gâte quand certaines sommités des U viennent au micro résumer l’atelier auquel ils ont si généreusement participé. Et quelle langue parlent-il, ces gens-là, pourquoi faut-il que tout soit théorisé, étiquetté, pensé, exprimé dans un langage d’initié, vidé de toute spontanéité, figeant de facto toute velléité d’action ?

Deuxième atelier, le rôle des libraires dans cette mutation ? Surprise. Je les croyais tétanisés par ces enjeux du futur.  Mais les libraires sont des gens d’affaires, ils ont pris les devants, ils sont avancés dans leurs dossiers, ils ont des emplois à préserver. Ils sentent, EUX, l’urgence de la situation.

Repas avec le même groupe, je peux ressentir l’énergie qui anime chacune des personnes qui m’entourent. Un vrai moment de plaisir.
Comme disait Monsieur Jourdain: “que c’est agréable de s’entourer de gens de qualité !”

Après-midi, troisième atelier. Je veux prendre part à l’atelier abordant l’apport du numérique au texte,  nouveaux découpages, textes courts, longs, empilés, variations oulipiennes, etc..
Après tout, RobertNeVeutPasLire n’est-il pas un pionnier dans les livres numériques par épisodes ou les feuilletons ?
La présence à la table choisie de la quasi-totalité des théoriciens me fait poursuivre mon chemin jusqu’à la table de Michel Dumais, où l’on parle avec passion et émotion de lecture chez les jeunes, avec des exemples précis, personnels, engageants. Car, n’est-ce pas notre supposée future clientèle, ces jeunes entre 8 et 18 ans ? Qui savent à peine lire. Voilà une relève dont le numérique pourrait bien ne pas se relever. Peut-être bien que le numérique est destiné aux 55 ans et plus? On peut si facilement grossir les caractères…

À la fin de troisième atelier, Clément Laberge nous demande d’inscrire trois phrases décrivant, selon nous, les actions immédiates à prendre ou résumant la journée. Our three wishes.

Qu’on me comprenne bien. J’ai aimé, beaucoup, passionnément, cette journée, je trouve que l’on avance, grâce à nos pionniers organisateurs, grâce à des passionnés, grâce à des guerriers, à des gens qui ont besoin que les choses avancent parce l’avenir dont on parle est avant tout l’avenir de leur business .

L’avenir numérique est en marche, le temps du jeu de poche avec matante est terminé.
Il faut des solutions - quoique j’ose prétendre avec force qu’elles existent DÉJÀ- sinon des emplois vont se perdre. Dans l’édition, la distribution, la diffusion et la librairie. Il y a urgence de passer à la pratique.

Et c’est LÀ que je ne suis plus, mais vraiment plus capable d’entendre les habituels discours universitaires abscons, stériles, stéréotypés, rabâchés et depuis peu, heureusement, régurgités.
Je n’ai pourtant rien contre les universitaires, en fait la majorité d’entre eux/elles sont charmants et, avec les cas réputés difficiles,  je fais de beaux efforts sociaux, j’admire même certains d’entre eux, jusqu’au moment où leur égo finit par péter leurs boutons de chemises et tendre dangereusement leurs bretelles importées d’Asie.

ET, je crois qu’il est temps de les informer, avec gentillesse et compassion, que la fin de la récréation a sonné.

Dans cette partie de plusieurs milliards qui va débuter incessamment, ils n’ont plus leur place, ils encombrent le plancher de danse. Le temps des VRAIES AFFAIRES a commencé. Ça va jouer dur et la concurrence, mondiale, va tirer de partout.

Et puis, je les trouve mous. Inutiles. Encombrants. Comme des pions qu’on regarde d’un oeil distrait, dans une prise en passant.
Ils ont pourtant eu leur importance, en particulier lors de l’ouverture.
Certains peuvent même être de vaillants soldats.
Pour les autres - les théoriciens,les égos gonflés, les inintelligibles -  je les informe, avec une ultime bienveillance-  qu’on a remplacé le pistolet à eau par la Kalachnikov. Il serait plus prudent qu’ils se mettent à l’abri.
Un temps idéal pour une sabatique.

Jf Chételat

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La fabrique du numérique par 50% de Robert
26 février 2010

Robert ne veut pas lire est allé à la Fabrique du numérique.

Nous sommes deux. Voici une interprétation de cet événement par 50% de Robert.

Premièrement, je tiens à féliciter les organisateurs. Ce fut une réussite totale. Le lieu, l’atmosphère, l’accueil, etc., tout était parfait.

Sous la forme d’ateliers thématiques, nous étions invités à entrer en contact et à collaborer dans une discussion autour du livre et son futur qui risque d’être numérique.

Après 15 minutes d’hésitation parmi quatre thèmes, je me suis assis à la table des DMR. Comment protéger les documents électroniques, les futurs livres et autres problèmes. Après un long tour de table, ce fut n’importe quoi. Je m’explique : ringardises et autres visions étriquées de quelques personnes qui se targuent d’être soit des conseillers de maison d’édition soit des programmeurs. Une confusion totale, un manque d’audace pour tenter de comprendre comment les choses peuvent évoluer. Des discours rhétoriques stériles, des phrases : cela est impossible, etc.

Quelques minutes plus tard, chaque atelier devait présenter ses réflexions. Nous avons entendu un éminent professeur universitaire nous décrire une fiction économique, des lieux communs sur l’avenir du livre électronique.

Je me suis levé. Je suis parti travailler sur d’autres dossiers plus engageants. Ceux de Robert et de Lichen.

Ma réaction est violente. Je considère que nous faisons ce métier d’éditeur par amour de nos auteurs, de leurs textes et du rôle de promotion pour que le texte rencontre son public.

Je n’ai rien entendu sauf des jérémiades.

Ma décision pour Robert ne veut pas lire est simple : Basta les discours. Nous ferons ce que nous voulons et Robert emmerde l’industrie.

Classé dans : Robert — Laurent @ 9:15 Commentaires (3)

Robert ne veut pas lire sera à l’atelier Fabrique du numérique
19 février 2010

Robert ne veut pas lire sera avec d’autres acteurs de l’écrit numérique à l’événement du 26 février permettra de réunir de nombreux acteurs du monde du livre et du numérique — certains du côté de la création, d’autres de la sphère politique, mais surtout des intervenants immédiats du monde éditorial.

Avez-vous des questions, des sujets que vous désirez que Robert apporte à cet atelier ?
Vous, lecteur de Robert, que voulez-vous ?

Robert sera présent et nous aimerions vous représenter, vous le consommateur de produit culturel électronique.

Classé dans : Livre — Laurent @ 3:05 Commentaires (0)

Pierre Samson

ROBERT NE VEUT PAS LIRE  l’éditeur numérique qui voit plus loin !

Chez Robert Ne Veut Pas Lire, ce ne sont pas les idées qui nous manquent pour faire lire Robert.

Et quand nous rencontrons un auteur amateur de nouvelles aventures, l’avion est amené rapidement sur le tarmac.
Pierre Samson, auteur de Le Messie de Belem , Il était une fois une ville (Prix de l’Académie) , et Catastrophes (Prix des Collégiens 2008) a longtemps travaillé sur un roman interactif, aux possibilités de lecture multiples. Il vient de livrer le fruit de ce travail, Arabesques, à son fidèle éditeur, Les Herbes Rouges.

Nous avons trouvé que son texte se prêtait merveilleusement bien à ce que nous cherchions à développer.
Nous avions réinventé le feuilleton, aujourd’hui nous voulons nous engager sur de nouvelles voies/voix narratives.

Nous avons proposé à Pierre Samson une version numérique de son œuvre où les hyperliens joueraient pleinement leur rôle et où le lecteur, selon les choix qu’il ferait, lirait un texte de 150 ou de 500 pages !!

Pierre, un aventurier né, a aussitôt embarqué. Son éditeur papier, François Hébert a accepté cette forme nouvelle de coédition. Nous le remercions vivement..

Ainsi, la version numérique sera proposée en 3 livraisons successives.

La première partie sort aujourd’hui. Nous saurions trop vous la recommander !

Vous vous amuserez  follement !
Le temps que Robert mijote d’autres trouvailles dans sa cuisine à idées…

L’équipe de Robert Ne Veut Pas Lire

Classé dans : Auteur, Livre, Robert — Laurent @ 2:59 Commentaires (0)

Tous des auteurs…
20 janvier 2010

Avec l’avènement prochain du DTP d’Amazon (dtp.amazon.com), ouvert à tous, de Smashwords (www.smashwords.com), nous serons bientôt tous des auteurs.
L’éditeur, comme sur un blogue, modérera ,il coachera et révisera ceux qui le voudront bien, ceux qui croiront qu’un regard extérieur peut les aider. L’éditeur pourra rassembler “une écurie” d’auteurs et pourra négocier des droits.

Mais dans la grande majorité, toute personne pensant savoir écrire et croyant avoir à dire quelque chose, s’autopubliera, ayant pour seul conseiller sa belle-mère, son notaire ou son ancien libraire.
Imaginez: à la clé, s’il y ventes, 60 à 65% de droits d’auteurs !
La promotion se fera par les sites vendeurs et par les auteurs eux-mêmes, hyperactifs sur les réseaux sociaux.
C’est la chaîne entière du livre qui sera atomisée. Rasée. Changement complet d’écosystème.

J’ai rêvé à ça, la nuit dernière.
Il y a deux semaines, je faisais des prédictions.
À présent, je fais des rêves prémonitoires…

Je me fais peur.
Parfois.

Jf Chételat

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Des i-rideurs oui, mais des lecteurs ?
6 janvier 2010

Je vous avoue avoir, ces temps-ci, des interrogations quasi ontologiques.
Se pourrait-il que ce que nous défendions tous ensemble, éditeurs, auteurs, professionnels du livre, ne serve à rien ?
Non pas que je doute des formidables machines de guerre mises en marche pour que le texte soit dématérialisé, à l’instar de la musique, pas plus que je me méfie des fabricants de matériel destiné à dématérialiser le texte.
J’ai foi aussi aux penseurs qui twittent et bloguent, avançant en territoires inconnus, comme les grands explorateurs du XIXe siècle. Et me passent sous les yeux des textes formidables, inventifs, des histoires captivantes, émouvantes.
Les ingrédients d’un changement important sont là, tous réunis, sur la table… Et pourtant, parmi tous ces ingrédients, peut-être manquons-nous de celui qui est essentiel.
Un peu comme si on allait révolutionner le monde vinicole, produire des crus exceptionnels dans des installations révolutionnaires, avoir à disposition de grands vinificateurs, disposer de fonds illimités, sauf qu’il manque le raisin. On en a planté, bien sûr, les meilleurs cépages ainsi que des hybrides spectaculaires, mais ils sont restés à l’état de ceps maigrichons.

J’ai deux fils, ils ont 21 et 19 ans.

Le premier est une exception culturelle. Il lit. Beaucoup.
Le second ressemble aux milliers de cégépiens qui l’entourent. Il veut du visuel — des séries télé, du cinéma, de la photo, des jeux vidéos — et de la musique.
Lire un livre? Le sommet de l’ennui. Il ne veut pas, ne peut pas embarquer dans une histoire, créer le décor, donner de la chair aux personnages.
Il veut du divertissement sans travailler. L’imagination ? À quoi ça sert ?
Pourquoi lire un bon polar quand on peut regarder un CSI tourné par Tarantino, un Dr.House désabusé et percutant ou un Dexter au scénario particulièrement tordu ?
Millenium? « Verrai le film ». Alice aux pays des merveilles? « Verrai le film, c’est un Tim Burton ».
Elle est là, mon interrogation… Qu’il n’y ait plus de lecteurs, une nouvelle génération de lecteurs.
Il y a de nombreux lecteurs avant 15 ans, mais ils quitteront le navire pour un 42 pouces HD.
Après 15 ans, c’est le désert….de tant à autre, on rencontre une caravane, une oasis.

Nous sommes peut-être en train de fabriquer une fausse révolution qui ne marchera pas — ou peu, ne négligeons pas l’apport du noyau dur, les Anciens! - alors que nous devrions penser à faire avancer les modes narratifs pour qu’il y ait à nouveau des « lecteurs », attirés par des oeuvres multidisciplinaires.
Je sais, c’est un vieux concept. Un concept qui n’excitait que quelques universitaires, quelques chercheurs.
Aujourd’hui, grâce aux changements en cours, il pourrait bien devenir le paradigme de demain.
Chez RobertNVPL, on y pense de plus en plus.

Jf Chetelat

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Scénarios pour 2010. Les prédictions d’un pooler nul
17 décembre 2009

C’est le temps sortir notre jeu de prévisions pour 2010, treize cartes en carton recyclable qui vous diront ce que, en 2010, le livre sera. Autant vous prévenir tout de suite, je suis mauvais joueur et personne ne me veut dans leur pool de hockey. Prenez donc systématiquement le contre-pied de ce que j’annonce et vous aurez un portrait fidèle de l’année 2010 pour le domaine qui nous passionne.

Prédiction 1 : Les droits, territoriaux et extraterritoriaux. La bataille sera sanglante et je ne suis pas sûr que nous pourrons garder la pleine maîtrise de ces droits dans notre belle province qui se souvient. Je vois des marchés gris à l’horizon. Orages garantis et risque de cyclone.

Prédiction 2 : La bataille des DRM. Les pour, les contres, l’émergence de la piraterie, bref, un modèle proche de la musique. Mais beaucoup iront tout de même de l’avant, comme s’ils allaient affronter un « gros grain ».

Prédiction 3 : la pression du lecteur sur les prix, surtout quand le buzz prendra sur un titre. Des prix entre 9.99$ et 12,99 $ comme standard.

Prédiction 4 : la faillite totale du modèle d’affaire des éditeurs papier actuel et de la chaîne de distribution qui s’y rattache.

Prédiction 5 : l’émergence de maisons d’édition essentiellement numériques et de qualité. Pas d’ersatz d’éditeur à compte d’auteur.

Prédiction 6 : l’engouement de plus en plus grand des auteurs pour le numérique. Nouveaux modèles d’écritures, nouveaux champs d’expérimentation.

Prédiction 7 : Une autre année de perdue pour le Québec… en sous-commissions de toutes sortes. J’espère me tromper. Je suis volontaire pour me tromper.

Prédiction 8 : Ce sera le moment, pour les indépendants, de bouger : éditeurs, auteurs, libraires, distributeurs. Ils ont la capacité de réagir très vite, contrairement aux « majors ». L’argent? Si ça bouge vraiment, l’argent suivra.

Prédiction 9 : les lecteurs se moqueront du modèle d’affaires. Ils voudront un grand choix de titres, des prix, de la flexibilité. Ce sont eux qui feront le marché de demain

Prédiction 10 : la génération des réseaux sociaux sera celle des auteurs de demain. C’est de ce bassin que sortiront les futurs « grands ».

Prédiction 11 : 2010 va être gros, très gros. Il va y avoir des lecteurs numériques sous le sapin ce Noël et il faudra répondra à la demande des lecteurs. Auteurs, à vos textes, éditeurs, à vos marques!

Prédiction 12 : l’émergence des e-books éducatifs. Si la Californie donne l’exemple…

Prédiction 13 : il n’y aura pas d’Apple ITablet.
Apple, c’est la musique, la vidéo et la photo. Les livres, la presse, ce n’est pas leur « Jobs ».

Voilà.

Rendez-vous dans un an. Ces prédictions ne réinventent pas le bouton à six trous. Ils suivent une logique. Toutefois, le futur du livre numérique proviendra de contrées inexplorées.
Si on vous avait dit web, dans les années 80?
Vous auriez répondu : kosséksa, non?

Jf Chételat

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L’avenir du livre demande un estomac solide…
12 décembre 2009

Réfléchir sur l’avenir de l’objet-livre ressemble plus à une promenade en roller-coaster à Atlantic City qu’à une méditation sereine dirigée par un maître zen.
Par exemple, je me suis longtemps couché de bonne heure en croyant que les nouveaux supports allaient « iTinuzer » la littérature.
Notre civilisation de la vitesse, matérialisée par Internet, les SMS, l’iPOD et le plat à réchauffer au micro-ondes, laisse peu de place à la lecture de textes pour coureur de fond.
C’est une des raisons pour lesquelles, chez Robert NVPL, nous avions préféré publier des textes courts d’environ 800 mots, qui plus est sous forme de feuilleton, afin de provoquer d’autres manières d’écrire.

Toutefois, ces derniers mois, sont apparues de grosses briques en fichiers numériques, des Dan Brown, Stephen King et tutti quanti.
Puis, j’ai testé (après quelques mésaventures) un Sony-Reader en entamant les Misérables…
Révélation, illumination même! Le confort de lecture était remarquable, l’objet tenait bien en mains et Jean Valjean, Cosette et les Thénardier furent liquidés en quelques jours…
“Marcel et tes duchesses, lisse ta moustache, sort ton Ventolin, préviens ta maman, j’arrive…!» Me suis-je alors dit plein d’espoir.

Pendant ce temps, chez Robert NVPL…
Des auteurs s’essoufflent, d’autres se découragent, le mode feuilleton est difficile à garder pour nos pionniers.
Qu’à cela ne tienne, virage à 180 degrés, nous demandons désormais à nos créateurs des livres terminés, gros, petits, qu’importe! Une seule règle, ils doivent être complets…

Lundi 7 décembre.  Je lis dans le NYTimes du samedi 5 décembre qu’Amazon vendra deux COURTES histoires inédites provenant de l’estimable magazine  The Atlantic, deux textes exclusifs qu’Amazon vendra 3,99 $ chacun! “Il semble qu’il y ait une tendance,” annonce le vénérable Bezos, toujours prêt à remplir sa besace.

Oui, il y a une tendance. Celle des prix plancher. La majorité des titres vendus par Amazon pour son Kindle ne dépassent pas 9,99 $. Les consommateurs veulent des e-books certes, mais à des prix dérisoires. Ils se moquent des structures de distribution existantes. Pour eux, l’équation est simple. Pas d’imprimeur, grosse économie. Le reste est cuisine interne.
Dès lors, que faire?

Enseigner ladite cuisine interne au consommateur?
Découper Les Bienveillantes en 112 chapitres de 1,99 $?
Louer, à bas prix, des titres qui s’autodétruiront après, disons, 3 mois?
Adopter le modèle des compagnies de téléphones mobiles: un lecteur pour presque rien et des e-books à 20 $?

Chez Robert, le petit train revient de sa promenade en montagne russe. Nous avons trouvé, je n’ose pas parler de LA solution, mais UNE solution.

Coming next year at a theatre near you!

Jf Chetelat

Le Salon 2009 ou…les brioches de Marie-Antoinette
24 novembre 2009

La dernière édition du Salon du Livre de Montréal vient de se terminer, j’y ai presque campé, de nombreuses gens m’ont rendu visite — il m’était difficile de sortir du stand où j’officiais — et personne, je répète, PERSONNE, hormis mon buddy L. qui participait à une table ronde sur le sujet (somme toute maigrelette) — ne m’a parlé de livre numérique et de fichiers numériques…
Je n’élaborerai pas plus sur le sujet, je vais à New York dans deux semaines, j’aurai donc une idée plus précise de l’engouement réel des lecteurs, des penseurs et des fabricants, mais je suis sorti de ce Salon avec l’étrange sentiment d’avoir rencontré des milliers de Maire-Antoinette, toutes en plein déni de réalité, comme quand elle s’exclama ( du moins est-ce la légende qui le rapporte) à propos du peuple en révolte : « ils n’ont pas pain? Mais qu’ils mangent de la brioche! »
Bon, il me reste la musique, la photo, l’agence d’artiste, la révision et l’écriture pour me remonter le moral. C’est mieux que de fuir à Varennes…
Je m’arrête, je perds la tête…

Jeff C

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