La fabrique du numérique, par l’autre 50%
27 février 2010
Québec-Montréal. Il fait nuit. 130 km/h, tounes de char, ça roule. Atmosphère lourde…Laurent mange des brownies, moi des cashews. Nous parlons de la journée que nous venons chacun de passer, de manière très différente…Laurent est fâché, il avale ses brownies avec rage. Il vous a dit sa rage dans l’article précédent.
En ce qui me concerne, la première chose à faire est de remercier les organisateurs, pour leur travail de préparation, pour leur implication, pour la qualité de l’endroit choisi, pour tout. Ils ont été formidables. Nous avons besoin de personnes de cette qualité, et je/nous n’hésiterons jamais à les appuyer du mieux que nous le pourrons.
Contrairement à mon illustre mais ronchonneux collègue, j’ai participé à 3 ateliers. Hélas, les énoncés des ateliers donnaient le ton : l’Université avait pris les choses en main, le tout étant rédigé dans un sabir par ailleurs très réussi.
Premier atelier, sur les modèles d’affaires, avec des gens agréables, compétents, impliqués, humbles, fougueux , atelier d’où il ressort qu’il est urgent d’agir car les modèles sont en place et la fumée s’échappe du côté gauche de la fusée.
Ça se gâte quand certaines sommités des U viennent au micro résumer l’atelier auquel ils ont si généreusement participé. Et quelle langue parlent-il, ces gens-là, pourquoi faut-il que tout soit théorisé, étiquetté, pensé, exprimé dans un langage d’initié, vidé de toute spontanéité, figeant de facto toute velléité d’action ?
Deuxième atelier, le rôle des libraires dans cette mutation ? Surprise. Je les croyais tétanisés par ces enjeux du futur. Mais les libraires sont des gens d’affaires, ils ont pris les devants, ils sont avancés dans leurs dossiers, ils ont des emplois à préserver. Ils sentent, EUX, l’urgence de la situation.
Repas avec le même groupe, je peux ressentir l’énergie qui anime chacune des personnes qui m’entourent. Un vrai moment de plaisir.
Comme disait Monsieur Jourdain: “que c’est agréable de s’entourer de gens de qualité !”
Après-midi, troisième atelier. Je veux prendre part à l’atelier abordant l’apport du numérique au texte, nouveaux découpages, textes courts, longs, empilés, variations oulipiennes, etc..
Après tout, RobertNeVeutPasLire n’est-il pas un pionnier dans les livres numériques par épisodes ou les feuilletons ?
La présence à la table choisie de la quasi-totalité des théoriciens me fait poursuivre mon chemin jusqu’à la table de Michel Dumais, où l’on parle avec passion et émotion de lecture chez les jeunes, avec des exemples précis, personnels, engageants. Car, n’est-ce pas notre supposée future clientèle, ces jeunes entre 8 et 18 ans ? Qui savent à peine lire. Voilà une relève dont le numérique pourrait bien ne pas se relever. Peut-être bien que le numérique est destiné aux 55 ans et plus? On peut si facilement grossir les caractères…
À la fin de troisième atelier, Clément Laberge nous demande d’inscrire trois phrases décrivant, selon nous, les actions immédiates à prendre ou résumant la journée. Our three wishes.
Qu’on me comprenne bien. J’ai aimé, beaucoup, passionnément, cette journée, je trouve que l’on avance, grâce à nos pionniers organisateurs, grâce à des passionnés, grâce à des guerriers, à des gens qui ont besoin que les choses avancent parce l’avenir dont on parle est avant tout l’avenir de leur business .
L’avenir numérique est en marche, le temps du jeu de poche avec matante est terminé.
Il faut des solutions - quoique j’ose prétendre avec force qu’elles existent DÉJÀ- sinon des emplois vont se perdre. Dans l’édition, la distribution, la diffusion et la librairie. Il y a urgence de passer à la pratique.
Et c’est LÀ que je ne suis plus, mais vraiment plus capable d’entendre les habituels discours universitaires abscons, stériles, stéréotypés, rabâchés et depuis peu, heureusement, régurgités.
Je n’ai pourtant rien contre les universitaires, en fait la majorité d’entre eux/elles sont charmants et, avec les cas réputés difficiles, je fais de beaux efforts sociaux, j’admire même certains d’entre eux, jusqu’au moment où leur égo finit par péter leurs boutons de chemises et tendre dangereusement leurs bretelles importées d’Asie.
ET, je crois qu’il est temps de les informer, avec gentillesse et compassion, que la fin de la récréation a sonné.
Dans cette partie de plusieurs milliards qui va débuter incessamment, ils n’ont plus leur place, ils encombrent le plancher de danse. Le temps des VRAIES AFFAIRES a commencé. Ça va jouer dur et la concurrence, mondiale, va tirer de partout.
Et puis, je les trouve mous. Inutiles. Encombrants. Comme des pions qu’on regarde d’un oeil distrait, dans une prise en passant.
Ils ont pourtant eu leur importance, en particulier lors de l’ouverture.
Certains peuvent même être de vaillants soldats.
Pour les autres - les théoriciens,les égos gonflés, les inintelligibles - je les informe, avec une ultime bienveillance- qu’on a remplacé le pistolet à eau par la Kalachnikov. Il serait plus prudent qu’ils se mettent à l’abri.
Un temps idéal pour une sabatique.
Jf Chételat

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[...] davantage à mesure que d’autres participants emboîteront le pas à François, Gilles, Jean-François et Laurent qui ont déjà trouvé le temps de rendre compte de leur expérience sur leur blogue — [...]
Ping par La Fabrique du numérique « Du cyberespace à la cité éducative… — 28 février 2010 @ 1:50
En fait, la sabbatique (métaphorique) est recommandée pour toute personne qui se ferme les yeux sur la structuration actuelle du marché, sur la montée des gros canons, des majors. Pour les éditeurs, pour les libraires, c’est en effet critique. L’empan très large du « milieu » du livre fait en sorte qu’on se situe plus ou moins près de cette sensibilité — mais elle doit être partagée par tous, même si on n’est pas directement impliqué ou menacé par cette montée. Merci de ta participation, Jean-François.
Commentaire par René Audet — 28 février 2010 @ 9:17
Penser le numérique, soit, mais il faut aussi le faire. Ma carabine est chargée.
Commentaire par Leroy — 28 février 2010 @ 10:18
Ouf ! Heureusement pour moi que j’ai abandonné la carrière universitaire ! Aïe, Ayoye ! Aoutch !
Rabelais et Calvin ont eu eux aussi en leur temps de telles tendres paroles pour les Sorbonnards “lourdes bêtes, … mauvaises et furieuses”.
Les Sorbonnards ont eux aussi un plan d’affaires, au sein de l’Union des producteurs… de connaissance.
Commentaire par Christian Allègre — 1 mars 2010 @ 6:04
Hum, oui, je dois toutefois dire que René Audet m’a remis les choses en perspective. Par son exemple, son implication et sa personnalité, il ne correspond évidemment pas au portrait volontairement stéréotypé brossé dans l’article. De même que les deux autres organisateurs de la réunion, Clément et Éric.
Mais d’autres, par contre…
Mon cher Leroy, avec qui Laurent et moi avons lutté contre un vent féroce, choisis bien tes mots. Ma figure de style fusils à eau/ kalachnikov nous a valu une excommunication immédiate de la part de quelqu’un envers qui j’ai pourtant une certaine estime. Je voulais juste sonner la fin de la récréation, dire que les Majors étaient là, que des armes lourdes commençaient à tirer.
Tout ramener à soi, voilà un comportement si éloigné de nous…
Alors, carabine, oui, mais carabine de biathlon seulement…
Jf Chételat
Commentaire par JfChételat — 1 mars 2010 @ 11:08
Par delà le choix des mots — délibérément provocateurs, sans doute — et n’eut égard à l’inconfort qu’ils peuvent provoquer à qui se trouve placé devant la lunette de visée, je sens le besoin d’affirmer que pour relever les défis qui se présentent à nous il faudra d’abord accepter de renoncer métaphores et au vocabulaire guerriers.
On ne peut pas à la fois prétendre être motivés par des idéaux culturels et choisir et s’engager dans une démarche (même sémantique) où les uns gagneront au dépend des autres…
Idéaliste? Vertueux? Peut-être. J’assume.
Commentaire par Clément Laberge — 1 mars 2010 @ 4:48
Vertueux, idéaliste, probablement, mais je me rallie à cette vue des chose, Clément. Qui peut être contre la vertu et les grands idéaux ? Les grands chantiers qu’il nous faut mettre en marche n’ont pas besoin de ce genre d’hypercombativité, en effet, et demandent un certain sens éthique. Mais la vertu et les grands idéaux ne doivent pas nous empêcher d’aller de l’avant.
Et là, je m’empêche toute métaphore…politique.
J’ai réagi avec exaspération à des attitudes et des mots cent fois vus et entendus, des attitudes “sorbonnardes” comme le dit si bien Christian Allègre.
Je n’ai pas le talent de Rabelais. Hélas.
Je me contenterai d’être JF.
Je continuerai d’aider le bébé à naître. Et m’abstiendrai d’utiliser… les forceps
JF Chételat
Commentaire par JfChételat — 1 mars 2010 @ 7:28
Reste toi surtout. Avec les excès parfois. Il en faut aussi pour réussir à faire bouger les choses!
Commentaire par Clément Laberge — 1 mars 2010 @ 9:17
Oui JF, faut bien choisir ses mots, j’ai dû m’expliquer en privé pour enrayer le malentendu. Ce n’est pas personnel, ce n’est pas violent, c’est une métaphore. Je sonne la même cloche. Finis la récréation, pensons plan de match. Toutes les questions soulevées sont importantes, nécessaires. Mais il faut aussi se lancer tête première parfois.
Et l’humour noir? C’est interdit? Faudrait peut-être relire l’anthologie de l’humour noir de Breton… à moins que la censure de Vichy nous tombe dessus…
Commentaire par Leroy — 4 mars 2010 @ 12:11
[...] Jean-François Chételat [...]
Ping par La fabrique du numérique — 8 avril 2010 @ 3:25